Quatre ans. C'est le temps qu'il a fallu aux Bleus pour digérer la séance de tirs au but de Lusail, cette finale du Mondial 2022 perdue face à l'Argentine de Lionel Messi au terme de l'un des plus grands matchs de l'histoire de la compétition. Depuis, l'équipe de France n'a jamais vraiment quitté le sommet : numéro un au classement FIFA, riche d'un réservoir de talents qui fait pâlir d'envie le reste de la planète football. À l'aube de la Coupe du Monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, les Tricolores avancent avec un statut limpide, celui de candidat au titre. La question n'est plus de savoir si la France peut rivaliser. Elle est de savoir si cette génération saura enfin transformer son immense potentiel en une troisième étoile, après les sacres de 1998 et 2018.
Didier Deschamps : la dernière danse
Didier Deschamps aborde la compétition la plus particulière de sa carrière de sélectionneur. Il l'a annoncé lui-même : ce Mondial sera le dernier de son règne, entamé en juillet 2012. Quatorze ans à la tête des Bleus, une longévité unique dans l'histoire de l'institution, et un palmarès qui parle pour lui : quart de finaliste en 2014, champion du monde en 2018, finaliste en 2022. Pour sa quatrième Coupe du Monde sur le banc, l'ancien capitaine des Bleus de 1998 rêve d'un dernier grand parcours pour clore son aventure en beauté.
Là où d'autres nations confient leur destin à des entraîneurs novices sur la scène internationale, la France mise sur l'expérience absolue. Deschamps connaît chaque rouage du tournoi, chaque piège d'une phase à élimination directe, chaque exigence d'un vestiaire peuplé de stars. La préparation a toutefois rappelé que rien n'est acquis. Battus 2-1 par la Côte d'Ivoire à Nantes le 4 juin après une large revue d'effectif, les Bleus se sont rassurés quatre jours plus tard à Lille en dominant l'Irlande du Nord (3-1). De quoi calmer ceux qui voyaient déjà la France soulever le trophée le 19 juillet, un excès d'enthousiasme que le sélectionneur n'a pas manqué de recadrer. Basée à Boston pour l'ensemble de sa phase de groupes, l'équipe de France sait qu'elle joue gros, et que son capitaine n'aura plus jamais Deschamps comme guide après cet été.
La liste des 26 Bleus pour le Mondial 2026
Gardiens : Mike Maignan (AC Milan), Brice Samba (Stade Rennais), Robin Risser (RC Lens)
Défenseurs : Lucas Digne (Aston Villa), Malo Gusto (Chelsea), Lucas Hernandez (Paris Saint-Germain), Théo Hernandez (Al-Hilal), Ibrahima Konaté (Liverpool), Maxence Lacroix (Crystal Palace), Jules Koundé (FC Barcelone), William Saliba (Arsenal), Dayot Upamecano (Bayern Munich)
Milieux : N'Golo Kanté (Fenerbahçe), Manu Koné (AS Rome), Adrien Rabiot (AC Milan), Aurélien Tchouaméni (Real Madrid), Warren Zaïre-Emery (Paris Saint-Germain)
Attaquants : Maghnes Akliouche (AS Monaco), Bradley Barcola (Paris Saint-Germain), Rayan Cherki (Manchester City), Ousmane Dembélé (Paris Saint-Germain), Désiré Doué (Paris Saint-Germain), Kylian Mbappé (Real Madrid), Jean-Philippe Mateta (Crystal Palace), Michael Olise (Bayern Munich), Marcus Thuram (Inter Milan)
Les absents qui font débat
Comme toujours avec une nation aussi fournie, les choix de Didier Deschamps ont laissé des déçus, et quelques surprises. La plus douloureuse est subie : touché gravement au tendon d'Achille, le buteur Hugo Ekitike a déclaré forfait, privant les Bleus d'une option de poids en pointe. Sa place est revenue à Jean-Philippe Mateta, récompensé pour son parcours récent à Crystal Palace.
La grande surprise se situe au milieu, avec l'absence d'Eduardo Camavinga, pourtant titulaire au Real Madrid. En défense, le retour de Maxence Lacroix a créé la sensation, tandis que dans les buts, Lucas Chevalier a été écarté comme troisième gardien au profit du Lensois Robin Risser. Côté attaque, Randal Kolo Muani, présent lors de plusieurs rassemblements, n'a finalement pas été retenu. Plus largement, cette liste acte le passage de témoin : les figures du sacre passé, d'Antoine Griezmann à Olivier Giroud, ont cédé la place à une nouvelle vague. Onze rescapés seulement du groupe de 2022 ont fait le voyage, parmi lesquels Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Lucas Hernandez et N'Golo Kanté, ce dernier rêvant d'une deuxième étoile huit ans après la première.
Les joueurs à suivre
Kylian Mbappé, le capitaine en quête de records
Tout commence et finit avec lui. Pour la première fois en Coupe du Monde, Kylian Mbappé porte le brassard, et il arrive en Amérique au sommet de sa puissance après une saison à 42 buts en 44 matchs avec le Real Madrid. À 56 réalisations en sélection, le capitaine des Bleus n'est plus qu'à une longueur du record de buts de l'histoire de l'équipe de France, détenu par Olivier Giroud (57). Il pourrait même honorer sa 100e sélection le 22 juin face à l'Irak. Sur la scène mondiale, son terrain de jeu favori, Mbappé compte déjà 12 buts et traque le record absolu de Miroslav Klose (16), tout en livrant un duel à distance avec Lionel Messi (13) pour le titre de meilleur buteur de l'histoire du Mondial. Meilleur passeur de tous les temps des Bleus, il est l'homme autour duquel la France construit son tournoi.
Ousmane Dembélé, le Ballon d'Or au sommet
Personne n'a vécu une année 2025 comme la sienne. Ballon d'Or 2025, Ousmane Dembélé a porté un Paris Saint-Germain historique vers son premier sacre en Ligue des Champions, ponctuant une saison de 35 buts et 16 passes décisives. Replacé dans l'axe par Luis Enrique, l'ailier normand est devenu, selon son entraîneur, le joueur le plus déstabilisant du monde. En sélection, il lui reste une dernière marche à gravir : prendre enfin la dimension de leader qui est la sienne en club. Après plusieurs phases finales passées dans l'ombre, le meilleur joueur du monde a l'occasion de marquer un Mondial de son empreinte. L'équation de Deschamps est limpide et délicate à la fois : faire cohabiter au mieux Mbappé et Dembélé, épaulés sur le flanc droit par l'étincelant Michael Olise.
William Saliba, le roc de la défense
Une équipe ne gagne pas un Mondial sans une assise défensive solide, et celle des Bleus s'appuie sur William Saliba. Pilier d'Arsenal, le défenseur central allie vitesse, sérénité dans la relance et lecture du jeu, des qualités précieuses face aux contres fulgurants que réservent les matchs couperets. Associé à Dayot Upamecano dans l'axe, encadré par Jules Koundé et les frères Hernandez sur les côtés, Saliba incarne une charnière jeune mais déjà aguerrie au plus haut niveau européen. Si la France veut aller au bout, sa défense devra tenir bon dans les soirs de tempête.
Aurélien Tchouaméni, le métronome
Dans l'entrejeu, Aurélien Tchouaméni est le poumon discret mais essentiel de cette équipe de France. Le milieu du Real Madrid récupère, oriente et protège sa défense, offrant aux créateurs la liberté d'exprimer leur talent. Sa capacité à dicter le tempo et à éteindre les transitions adverses fait de lui l'un des hommes de base de Didier Deschamps. Entouré de l'expérience d'Adrien Rabiot et de la fougue du jeune Warren Zaïre-Emery, il sera chargé de donner l'équilibre sans lequel les stars offensives des Bleus ne peuvent briller.
Le groupe I des Bleus : à quoi s'attendre
France contre Sénégal : le mardi 16 juin à New York
L'entrée en lice est tout sauf une formalité. Au MetLife Stadium d'East Rutherford (21h, heure française), la France retrouve le Sénégal, vingt-quatre ans après le traumatisme du match d'ouverture du Mondial 2002, lorsque les Lions avaient renversé les champions du monde français. L'équipe de Pape Thiaw, huitième de finaliste de la dernière édition, est physique, organisée et redoutable. Champion d'Afrique dans l'âme, ce Sénégal-là a les armes pour bousculer les favoris. Pour les Bleus, l'objectif est clair : lancer parfaitement leur tournoi et effacer d'entrée les fantômes du passé.
France contre Irak : le lundi 22 juin à Philadelphie
Au Lincoln Financial Field de Philadelphie (23h, heure française), la France affronte l'Irak, l'adversaire le plus abordable du groupe sur le papier. Vainqueur du barrage intercontinental, la sélection irakienne arrive pourtant avec de l'élan et un état d'esprit conquérant, elle qui a récemment tenu l'Espagne en échec (1-1) en amical. Une équipe à ne pas prendre à la légère, mais que les Bleus se doivent de maîtriser pour valider leur qualification. C'est aussi sur cette pelouse que Kylian Mbappé pourrait fêter sa 100e sélection.
Norvège contre France : le vendredi 26 juin à Boston
La phase de groupes s'achève au Gillette Stadium de Foxborough (21h, heure française), à deux pas du camp de base des Bleus, contre la Norvège d'Erling Haaland. Portée par une génération dorée et une attaque capable de faire basculer un match à elle seule, la sélection norvégienne pourrait bien constituer le test le plus relevé du groupe. Si la première place se joue lors de cette rencontre, attendez-vous à une soirée électrique. Terminer en tête, c'est s'offrir un parcours plus favorable vers les sommets.
Le chemin vers la finale
Pour la première fois, la Coupe du Monde se dispute à 48 équipes, réparties en 12 groupes de quatre. Les deux premiers de chaque poule et les huit meilleurs troisièmes accèdent aux 16es de finale, un format inédit qui rallonge la route mais offre aussi une marge de sécurité aux favoris. En cas de première place dans le groupe I, la France entamerait sa phase à élimination directe avec l'avantage du tableau, en évitant le plus longtemps possible les autres cadors.
Car ils seront nombreux sur la route du titre. Espagne, Brésil, Argentine tenante du titre, Angleterre, Allemagne : pour aller chercher une troisième étoile au MetLife Stadium le 19 juillet, les Bleus devront tôt ou tard écarter au moins l'un de ces géants. La France n'a plus perdu avant les quarts de finale d'un Mondial depuis 2014. Compétitive, organisée, habituée à durer dans les grands tournois, elle possède le profil pour aller loin. Reste l'inconnue qui hante toutes les nations favorites : la capacité à enchaîner les matchs couperets sans trembler.
Pronostics et attentes réalistes
Aux yeux des observateurs, la France figure systématiquement parmi les cinq favoris du tournoi, aux côtés de l'Espagne, du Brésil, de l'Argentine et de l'Angleterre. Les modèles statistiques placent l'Argentine et l'Allemagne en tête des probabilités, mais le réservoir de talents tricolore et le statut de numéro un mondial maintiennent les Bleus dans le wagon de tête. Un quart de finale constitue l'attente minimale raisonnable. Une demi-finale est largement à portée. Et la finale, voire le sacre, reste un objectif crédible si l'alchimie offensive prend et si l'infirmerie reste calme. C'est tout le rêve que porte une nation, et qu'un sélectionneur sur le départ aimerait réaliser une dernière fois.
Vivez le Mondial des Bleus en direct
Les trois matchs de poule de la France s'étalent sur dix jours, de New York le 16 juin à Philadelphie le 22 juin, jusqu'à Boston le 26 juin. Pour les supporters venus de France, le corridor de la côte est américaine est facile à parcourir, avec des vols directs et des liaisons ferroviaires entre les grandes villes hôtes.
Les billets de la France pour la Coupe du Monde 2026 sont disponibles pour la phase de groupes comme pour les tours à élimination directe. Pour un aperçu complet de toutes les rencontres proposées, parcourez l'ensemble des billets pour la Coupe du Monde 2026 dans chaque ville hôte. Et si les Bleus atteignent le dernier acte, le 19 juillet au MetLife Stadium, assurez-vous d'avoir vos billets pour la finale de la Coupe du Monde avant qu'il ne soit trop tard.
Quatre ans après Lusail, la France a un compte à régler. Cet été pourrait bien être celui de la revanche.